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Prix Théâtre RFI 2025 : Israël Nzila, la voix qui fait vibrer les cicatrices du Congo lauréat avec Clipping

À Limoges, sous la grande tente berbère du Festival des Francophonies, un frisson parcourt la salle. Le lauréat du Prix Théâtre RFI 2025 s’avance, veste en jean, sourire tranquille, Israël Nzila, 31 ans, venu tout droit de Lubumbashi. Sa pièce Clipping, choisie parmi 143 textes issus de 22 pays, a séduit le jury par sa force poétique et son écriture aussi rythmée que déstabilisante.

Nzila aime brouiller les pistes. « Clipping », explique-t-il, désigne en ingénierie du son la saturation qui surgit quand le volume dépasse les limites. Une image qu’il revendique. « J’écris dans une langue volontairement disloquée, comme un instrument désaccordé ». Cette tension se retrouve dans chaque page, répétitions, ruptures, silences. Sa dramaturgie cherche le heurt, l’accident sonore qui devient émotion.

Do, femme perdue dans un marché et dans le temps…

L’intrigue semble simple. Do, une mère, croit avoir perdu son enfant au marché. Les commerçants s’empressent, on retrouve un petit… qui n’est pas le sien. De victime, elle devient suspecte et se retrouve en prison. Mais très vite, les repères s’effacent. Passé, présent, futur s’enchevêtrent ; Dodo, alter ego de Do, se démultiplie en identités troubles. Les cauchemars de la guerre congolaise resurgissent, et le lecteur se perd volontairement dans cet espace-temps fracturé. « Je veux que le public fasse partie de la pièce, qu’il ressente la confusion de Do », affirme l’auteur.

L’imaginaire pour regarder la guerre en face…

Si Nzila vit dans une grande ville épargnée par les combats, l’Est de la RDC reste pour lui une plaie ouverte. « Je suis né dans une histoire de guerres, même si je ne les ai pas vécues directement. Écrire, c’est rapprocher ces horreurs de moi pour les affronter ». Pour lui, l’imaginaire n’est pas une fuite, c’est un prisme. Dans Clipping, la réalité la plus brutale se double d’une création poétique qui révèle l’indicible.

Des racines nourries de livres et de musique

Né à Kinshasa en 1994, deuxième d’une fratrie de six enfants, Nzila grandit dans une maison pleine de livres, entre la tendresse d’une mère et l’exigence d’un père instituteur. Birago Diop, Senghor, Césaire peuplent son enfance. Et la musique congolaise, omniprésente, forge son oreille. « Je ne fais pas de musique, mais je pense en rythme ». Après des études de lettres à Lubumbashi, il choisit la scène comme territoire d’exploration. Sa pièce Silence avait déjà été récompensée aux Récréâtrales au Burkina Faso et finaliste du Prix RFI 2024.

Un avenir déjà en mouvement…

Avec Clipping, Israël Nzila confirme un style singulier. Des mots qui s’érodent jusqu’à ne laisser que deux lettres, « Ch », formant un « demi-portail » sur la page ; refrains obsédants qui transforment le texte en partition. « Chaque retour d’un mot lui donne un sens nouveau », dit-il. Le Prix Théâtre RFI 2025 n’est qu’une étape, cette tragédie « musicale », entre chair meurtrie et langue éclatée, promet de résonner longtemps sur les scènes francophones.

 

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